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18 janvier 2007 4 18 /01 /janvier /2007 10:30
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Port de Corfou, 23 mai 1987. Un pope en grande tenue embarque à bord d'une petite vedette qui le conduit jusqu'à un somptueux quatre-mâts, tel que la Grèce n'en a plus vu depuis des décennies. Il monte à bord du Phocéa, le yacht de Bernard Tapie, lequel l'attend dans l'immense salon aux verres fumés et aux larges divans pastel situés à l'arrière. Le prêtre orthodoxe vient célébrer le mariage de l'homme d'affaires avec Dominique Mialet-Damianos, d'origine grecque. Entouré de quelques rares amis, le couple Tapie est officiellement uni dans le rite orthodoxe, comme en témoigne l'acte n° 79, conservé au consulat général de France à Athènes. Les noces se terminent par une fête magnifique sur le pont, long de 74 mètres, de ce voilier unique au monde.

Cette première croisière sur le Phocéa est le fabuleux cadeau de mariage que Bernard Tapie offre à sa compagne. Ce bateau de rêve constitue le symbole éclatant de sa réussite. Il ne se doute pas que, neuf ans plus tard, le yacht sera à l'origine de sa chute et le conduira sur le banc des accusés à la 11e chambre correctionnelle du tribunal de Paris. Depuis le 4 avril, en effet, l'ancien ministre comparaît pour abus de biens sociaux et fraude fiscale. Une fois de plus, il joue sa liberté.

C'est à Tahiti, quinze ans plus tôt, que l'homme d'affaires est tombé amoureux de l'ancien bateau du navigateur Alain Colas, disparu en mer. Michel Hopé, un dirigeant de la Vie claire, une société de produits diététiques du groupe Tapie, est venu sur l'île pour négocier des pamplemousses non traités; il le met sur la piste d'un voilier qui s'appelle alors le Club Méditerranée. Ce n'est plus qu'une épave rouillée qui attend de finir à la casse. Tapie s'envole pour Papeete, prend contact avec la veuve d'Alain Colas, qui ne peut plus faire face et, en bon requin des affaires, renégocie, pour un prix dérisoire, le rachat de la société qui détient le bateau, Alain-Colas-Tahiti SA (ACT). Il s'engage à verser, en contrepartie, une rente à la famille Colas.

De retour à Marseille, au faîte de sa réussite, Tapie veut faire du Phocéa le plus beau voilier du monde. Sa restauration dans un chantier naval de Marseille, sous le contrôle de l'architecte Michel Bigoin, va durer quatre ans et coûter 68 millions de francs. Rien ne sera trop beau pour ce yacht, rebaptisé le Phocéa (ancien nom de Marseille): 10 cabines doubles aux murs tapissés d'alcantara, équipée chacune d'une baignoire construite sur mesure selon sa place dans la coque, des salles de bains ornées de plaques de marbre de 5 millimètres d'épaisseur (pour ne pas trop alourdir le bateau), un immense salon transformable en boîte de nuit, un duplex, réservé à l'«armateur» Tapie, composé d'une grande chambre et d'un luxueux bureau, une salle à manger pouvant accueillir 20 personnes, un salon de coiffure, un bar et une dizaine de cabines réservées à l'équipage. D'autres installations plus fonctionnelles complètent l'ensemble: buanderie, chambre froide, cuisine, station d'épuration, système de dessalement de l'eau de mer d'une capacité de 9 tonnes par jour. Le tout, évidemment, luxueusement décoré: la commode Boulle du salon est surmontée d'un immense papillon bleu, signé Bernard Buffet; une colombe de Magritte orne la chambre de Bernard Tapie; enfin, un paysage de Dufy fait face à son bureau. Actuellement, beaucoup s'interrogent sur l'authenticité de ces toiles. Quant à la décoration florale, elle atteint 53 217 francs pour la seule année 1993.

Il ne faut pas moins d'une dizaine d'hommes pour manœuvrer ce monstre, haut comme un immeuble de 12 étages, équipé d'un système hydraulique unique pour actionner les voiles. Le Phocéa a conservé le potentiel sportif du bateau d'Alain Colas: il en fera la preuve en battant, en juin 1988, le record du monde de la traversée de l'Atlantique en monocoque, sous la direction du capitaine Tapie en personne.

A quoi sert donc ce voilier, enregistré comme navire de commerce sous pavillon français, mais dont le seul utilisateur semble être son propriétaire? Contrairement à sa vocation initiale, devenu trop sportif pour des plaisanciers et trop luxueux pour des sportifs, le Phocéa n'a jamais été loué pour des croisières, à deux ou trois exceptions près. Il revient pourtant à 12 millions de francs par an et chaque journée de croisière est facturée aux alentours de 100 000 francs. C'est donc le groupe Bernard Tapie (FIBT) qui supporte ces dépenses somptuaires. Comble du raffinement, les pertes qui plongent FIBT dans le rouge permettront à Bernard Tapie de ne pas payer d'impôts en 1990 et 1992. En effet, la FIBT étant une société en nom personnel, l'homme d'affaires n'est imposé que s'il réalise des bénéfices. Le fisc estime à 12 millions son manque à gagner sur trois ans.

Tapie, lui, ne voit pas les choses de la même manière. Il explique que le Phocéa ne serait qu'une version flottante de la classique «salle à manger d'entreprise» - bref un objet de promotion unique au service de son groupe. Certes, il a bien organisé deux croisières aux Maldives pour les dirigeants de ses sociétés. Certes, il a conclu les négociations d'Adidas-Etats-Unis ou celles avec Toshiba à bord du voilier. Le Phocéa a même trôné dans le port de New York pour convaincre des distributeurs américains de vendre des produits Look. Mais le bateau servait essentiellement les intérêts personnels et politiques de Bernard Tapie.

Peu avant sa mort Gaston Defferre était même venu l'admirer sur le chantier, en compagnie de Jean Carrieu, l'ancien patron de l'OM auquel Tapie allait bientôt succéder. Il ira jusqu'à narguer Robert Vigouroux en faisant mouiller son voilier - grâce à un système de poids mort qui a coûté 110 000 francs - face à la mairie de Marseille, sur le Vieux-Port. Puis, de la Corse aux Maldives, de la calanque de Sormiou aux Antilles, amis, célébrités, journalistes et hommes politiques défilent sur le Phocéa: l'antiquaire Bernard Steinitz, Jean-Pierre Bernès, le député Michel Pezet, le publicitaire Jacques Séguéla, entre autres personnes. Au printemps, Lucio Donofrio, principal lieutenant du célèbre intermédiaire du football Ljubo Barin, a coutume de monter quelques jours à bord pour régler les derniers transferts de joueurs. On y voit même son indéfectible banquier, Pierre Despessailles - de la SDBO, filiale du Crédit lyonnais - quelques mois avant qu'il accorde un prêt de 80 millions de francs à la société qui gère le voilier, ce qui lui vaut maintenant de se retrouver sur le banc des accusés, pour complicité d'abus de biens sociaux, au côté de Tapie.

L'ancien ministre, lui, maintient toujours que le Phocéa était un formidable outil de promotion. «Je suis victime d'un complot du fisc et je suis persuadé que la justice n'a qu'un objectif: me déclarer en banqueroute», assure-t-il à L'Express avant d'ajouter, nostalgique: «L'OM et le Phocéa sont les deux choses qui me manquent le plus.» Aujourd'hui, le symbole de son ascension est amarré à un quai d'Antibes. Bien entretenu par quatre marins, il attend, pour la modique somme de 60 millions de francs, un nouveau capitaine. En vain. Car, contrairement à Bernard Tapie, les authentiques milliardaires, eux, n'aiment pas la publicité...

L'Express du 11/04/1996

Construit en 1975 à Toulon, le Phocea a été rénové et réaménagé en 1999 puis en 2006. Il est mis en vente au prix de 25 millions d'euros

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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16 janvier 2007 2 16 /01 /janvier /2007 23:04

Une nouvelle photo chaque jour et demain nouvelle surprise.

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PHOTO PRISE A St JEAN CAP FERRAT 

 

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